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jeudi 20 juillet 2017

Lettre ouverte à Jacques Tillier

Le Syndicat national des journalistes écrit au directeur général du Journal de l'île de La Réunion, qui s'en était pris publiquement, dans un éditorial, à notre représentante du SNJ Réunion-océan Indien.


Monsieur le Directeur général,

Ainsi que nous vous l’avons déjà exprimé il y a quelques jours dans un courrier resté sans réponse, c’est avec colère et effarement que le Syndicat National des Journalistes a pris connaissance de votre éditorial du 17 juin dernier, titré « Jacquet Hoarau, une vieille trique ». Par deux fois, dans ce texte, vous vous en prenez à la secrétaire générale de la section Réunion-océan Indien du SNJ, en la traitant de « Bécassine ». Certes sans la nommer, mais tous ceux qui la connaissent l’ont aisément reconnue dans cette succession de petites phrases empoisonnées.

Plusieurs confrères l’ont spontanément appelée pour lui manifester leur soutien dès la parution de ce brûlot ni drôle ni pertinent, juste destiné à vous justifier, en réponse à un communiqué du SNJ contestant la dérive actuelle du JIR, devenue « la voix de la Région » aux yeux de ses lecteurs.

Que vous ne soyez pas d’accord avec le contenu d’un tract syndical, c’est une chose. Que vous vous permettiez de dénigrer publiquement votre propre salariée, en maniant l’insulte, en est une autre, inadmissible. Cette attaque personnelle constitue une forme de pression intolérable sur une représentante du personnel, qui n’a fait que relayer l’expression des adhérents du syndicat, et plus généralement d’une partie de nos consoeurs et confrères réunionnais.

Cette attitude infantile et regrettable traduit une volonté évidente de bâillonner la section locale du SNJ, et notre consoeur, à qui vous vous êtes déjà permis -au nom de quoi ?- de « conseiller » d’arrêter de diffuser des tracts ! Alors que le JIR était jusqu’au 5 juillet dernier en situation de redressement judiciaire, la direction a tiré prétexte de ce contexte difficile pour faire passer d’inacceptables dérives éditoriales. C’est le rôle du SNJ, au nom des salariés, de dénoncer ces pratiques. C’est le rôle du SNJ, au nom des journalistes, de vous demander des comptes sur la politique éditoriale de l’entreprise. En effet, malgré les demandes répétées de la rédaction, la direction du JIR n’a jamais clairement affiché sa ligne éditoriale… tout en faisant pression sur les journalistes qui ne respecteraient pas cette ligne non dite.

Il fut un temps pas si lointain, en 2012, lors de vos derniers démêlés avec Philippe Hersant, où vous avez été bien content de trouver un soutien dans la profession et ses instances. Si vous avez la mémoire courte, ce n’est pas le cas du SNJ. Nous attendons des excuses, et un retour imminent à un mode de communication et un dialogue plus constructif avec nos représentants.

Alors que le JIR vient de franchir douloureusement le cap d’une période de redressement judiciaire qui a duré dix-huit mois, et abouti à la suppression de 35 emplois, le SNJ est persuadé que la presse écrite, à la Réunion comme partout ailleurs, a encore de belles pages à écrire, si tant est qu’elle parvienne à se renouveler et à tourner le dos à certaines pratiques dépassées. En clair, ce n’est pas avec ce genre de méthodes, et des écarts de langage sans intérêt, que le JIR retrouvera la confiance des lecteurs, assurera son avenir et la pérennité de l’emploi de ses salariés.

Lire le texte original sur le site du Syndicat national des journalistes.

lundi 12 juin 2017

La presse n'est pas la marionnette de la Région !

L'article qui a fâché la Région.

Didier Robert supporte de plus en plus mal la critique. La Région Réunion qu'il préside vient en effet de livrer en pâture, par un communiqué public et diffamant, le nom d'un journaliste (*). Accusé de « désinformer » la population, celui-ci ne faisait rien d'autre que son travail : informer les citoyens en demandant des explications sur les dépassements de coût du chantier de la Nouvelle Route du Littoral. Ce n'est hélas qu'un exemple parmi d'autres.

Aujourd'hui, les agissements de la Région Réunion dépassent les limites habituelles des pressions qu'exercent les annonceurs et les hommes de pouvoir sur les médias. Ecrire sur le dossier de la NRL, autrement qu'à travers le prisme de la communication régionale, a valu à plusieurs journalistes d'être menacés de procès en diffamation ou de recevoir des intimidations téléphoniques. Avant même de répondre aux questions du journaliste, le cabinet de la Région contacte ses patrons pour s'émouvoir d'enquêtes prétendument à charge. Et ces agissements ne se limitent pas aux sujets sur le chantier de la NRL. « Touche pas à ma Région Réunion » pourrait devenir le nouveau slogan de la collectivité.

Dans la même logique, la Région a mis en place une stratégie médiatique qui insulte les règles déontologiques de la profession. Le SNJ est bien placé pour savoir que la Région soutient financièrement plusieurs médias, et comment. Cet argent public est officiellement utilisé pour un noble objectif : soutenir la liberté de la presse, indispensable dans une démocratie. En réalité, la fragilisation financière de la presse est une aubaine pour la Région, qui se paie ainsi des « voix de son maître »… avec notre argent à tous !

Le Syndicat national des journalistes, premier syndicat de la profession, dénonce toutes ces pressions, ainsi que l'énergie et la dépense d'argent public qu'emploie Didier Robert pour entraver la liberté de la presse. De plus, le SNJ déplore que certains médias prêtent le flanc à ses pressions et brident, au sein de leur rédaction, les journalistes désireux de faire leur travail. D’une manière plus générale, le SNJ  est favorable à la remise à plat de toutes les aides à la presse, afin qu’elles répondent enfin à leur objectif initial : garantir le pluralisme et la qualité de l’information.
Le SNJ conteste également une autre pratique de la Région : sélectionner les médias qu’elle invite à ses conférences de presse, ce qui est une véritable atteinte au pluralisme de la presse et à la liberté d’expression.
Non, Monsieur le président de Région, la presse n'est pas une marionnette !
  
(*) Communiqué de la Région du vendredi 2 juin : « La Nouvelle Route du Littoral faisant une nouvelle fois l’objet d’articles aux contenus erronés cf journal Le Quotidien (…), la collectivité tient à apporter des informations factuelles (…). La période électorale étant traditionnellement lié (sic) à la recherche de scoop, elle ne peut néanmoins autoriser toute tentative de désinformation impactant le sérieux et l’image de la collectivité, de ses agents, de ses élus. A ce titre, la collectivité a décidé de porter plainte contre les organes de presse concernés. »